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mercredi 17 avril 2024

MORTELS, d’Erin Jade Lange

Sorti le 20 septembre 2023

Young Adult / Fantastique

Résumé : Charlie et Reg sont vampires, mais plus pour longtemps : ils sont condamnés à redevenir humains pour avoir enfreint une loi vampirique ancestrale. Abandonnés dans la petite ville de Zéro, sous la tutelle de Sal, un ancien chasseur de vampires, les deux « adolescents » découvrent avec horreur la vie au lycée. Face à cette atroce punition, ils sont prêts à tout pour retrouver l’immortalité. Mais au fil des rencontres, notamment amoureuses, le frère et la sœur sont emplis de doutes : être humain n’est peut-être pas si mal. Et lorsque les vampires reviennent pour envahir la ville, Charlie et Reg vont devoir choisir leur camp...

Mon avis : J'ai épuisé les “Assoiffés” ! (En vrai il me reste un tome à chroniquer mais j'ai pas fini de le lire 😬). Cela dit, ce n'est pas le sujet de cette nouvelle chronique, aujourd'hui je m'attaque à “Mortels” et c'est le mot ! La lecture fut laborieuse 😰.

Donc, on se retrouve avec Reginald et Charlotte (une homonyme vampire +1 point… mais elle va vite le perdre), deux vampires du clan des Blake, qui après avoir fait quelque petits excès se retrouvent bannis de leur clan et condamnés à redevenir humains. Traduction : deux ados qui le sont depuis une ou deux centaines d'années, redeviennent humains et découvrent les joies de la puberté et de l'adolescence. Pour les prendre en charge et les guider dans leur nouvelle vie : Sal, un ex-chasseur de vampires reconverti en nounou pour vampire. Bref, à première vue, un cocktail explosif !

Eh ben…!

L'intrigue est, je pense, la partie la plus intéressante. L'idée de base est une bonne idée, les évènements s'enchaînent pas trop mal, on comprend l'intérêt de retransformer des vampires en humains et plus précisément en adolescents.

Et cette précision a son importance, puisque Erin Lange et une journaliste et écrivaine américaine qui s'intéresse à l'adolescence donc la plupart de ses romans parlent des ados et des problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien… Mais de là à utiliser des vampires pour son études des ados !

De plus, j'aurais tendance à croire qu'une journaliste spécialiste de l'adolescence n'est pas la personne la plus qualifiée pour écrire des romans fantastiques, mais bon, rien n'est impossible après tout.

Maintenant, le sujet qui fâche : l'univers. Il est EXTRÊMEMENT limité ! Trop même. Nous sommes en effet dans un village de campagne pommé qui n'existe que pour accueillir le lycée, quasiment la seule infrastructure du coin. Et c'est tout. On entend vaguement parler des endroits où se situent les clans vampires, mais rien de plus. À ça s'ajoute l'ambiance morose et languissante du bouquin.

Les personnages maintenant… Donc il y a Charlie (Charlotte) qui se comporte comme une gamine pourrie gâtée du début à la fin même si elle finit par faire le bon choix mais ça n'arrive qu'à la dernière minute donc je n'arrive pas à la considérer autrement que comme une péta**e populaire (ou ce qu'elle croit être).

Reg (Réginald), lui ce serait plutôt la “bonne conscience”, celui qui va essayer de tempérer Charlie (qui a un tempérament quelque peu explosif). Il est tout l'inverse de sa sœur : aimable, gentil, serviable, intelligent, modeste, discret, sage. En bref, transparent. Dommage.

Et maintenant, un personnage génial, Sal. Un vieux monsieur qui habite tout seul dans sa petite bicoque et qui a une histoire ! Une vraie histoire intéressante, qu'on a envie de raconter !

D'autre part, Reg et Charlie sont frère et sœur. Ah c'est tout, il n'y a rien à dire là-dessus, vraiment ! Ils se comportent comme une fraterie.

Bref, on part sur un petit 2,5/5 et encore, je suis gentille.


Mes extraits :

De l'air. Je veux de l'air!
Ça ne ressemblait en rien à l'appel du sang que je connaissais. C'était plus pressant, plus dévorant. Toutes mes autres pensées s'en trouvaient éclipsées et - bon sang, je veux de l'air! Des vagues de panique inondaient mon corps, le manque d'air secouait ma cage thoracique.

*   *   *

Je marmonnais toujours quand il m'a collée face au miroir au-dessus du lavabo. Les yeux qui me fixaient n'étaient plus les miens. Ils étaient du plus pur bleu, rehaussé par le rose tendre de mes joues.
- Mais c'est qui ? ai-je murmuré alors que je touchais la fille dans le miroir. Reg est apparu dans le miroir derrière elle.
- Magnifique, non ? Nous devions ressembler à ça avant d'être vampires. J'ai cligné d'un oeil et la fille du miroir aussi. C'était bien moi, même si je me reconnaissais à peine.


Chronique de

Editeur : Castelman
Broché : 432 pages

jeudi 3 février 2022

L'ANNEE DE GRÂCE, de Kim Liggett

Sorti le 7 octobre 2020

Résumé
: « Personne ne parle de l'année de grâce. C'est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d'attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l'essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C'est pourquoi nous sommes bannies l'année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. » Un an d'exil en forêt. Un an d'épreuves. On ne revient pas indemne de l'année de grâce. Si on en revient.

Mon avis : Voici un roman qui patientait dans ma PAL depuis un sacré moment, et que je suis bien contente d'avoir sorti en fin d'année ! J'avais lu pas mal d'avis à son sujet, aussi bien positifs que négatifs, donc j'y suis allée un peu à l'aveuglette. En tout cas, une chose est sûre, je pense que ce roman ne peut pas laisser de marbre.

Je ne sais pas bien quels mots poser sur ma lecture. J'ai apprécié, certes, mais je ne pense pas qu'on puisse parler de coup de cœur. Certaines petites choses m'ont gêné, mais n'étant vraiment pas une fan de dystopies, je pense que le problème est là. Les personnages sont très attachants, l'intrigue bien ficelée, mais la fin ne m'a pas conquise. 

Tierney vit dans un monde où la femme n'est rien. Enfin, rien d'autre que ce que les hommes ont décidé qu'elles soient. Suspendues à l'espoir de se faire offrir un voile la veille de leur départ pour une année loin de la communauté, et ayant pour but ultime de donner des garçons à la société, la sororité n'est pas une des valeurs les plus recherchées. Beaucoup de filles, peu de garçons, c'est un peu le Hunger Games du mariage. De plus, à 16 ans, les femmes ont une "magie" attirant les hommes, dont elles doivent se débarrasser pour ne pas attiser la jalousie des autres. Alors, elles sont exilées pendant un an, et doivent se débrouiller entre elles. Nouveaux Hunger Games. Car toutes celles qui ne reviendront pas n'auront pas à se marier. En bref, moi qui m'attendait à quelque chose de civilisé lors de cette année de grâce, j'ai bien vite compris que non, les jeunes femmes dans ce roman sont tout simplement des femmes prêtes à tout pour survivre et écraser les autres. Beaucoup de choses m'ont choqué, et m'ont interrogé sur le comment je réagirai moi dans ces conditions. Car il est facile de blâmer les méchants, et facile de soutenir le héros. Mais là, où la barrière est si fine, où la nature est tout aussi dangereuse que l'Homme, à qui se fier ? 

Après une première partie à 100 à l'heure, des rebondissements et des moments choquants, j'ai trouvé que l'intrigue patinait un peu, pour s'adoucir. Et finalement, peut-être un peu trop. Tierney est une jeune femme forte, qui sait ce qu'elle veut (travailler dans les champs), et qui veut tout donner pour ne pas mourir lors de l'année de grâce. Cette force, cette détermination qu'on sent en elle, évolue, et elle va tout faire pour faire changer les choses, mais pas seulement pour elle. Malheureusement, comment faire changer des filles qui se complaisent dans la haine et la dureté imposées par leur année de grâce ? 

Ce roman aborde des sujets très intéressants, de manière complexe et approfondie, et cela a grandement joué en sa faveur. Un roman féministe à destination des jeunes adultes ? Clairement, je valide, mais je pense qu'il aurait pu aller encore plus loin dans ce sens, quoiqu'il interroge déjà beaucoup. La destinée et nos croyances aussi. Sommes-nous conditionnés par les autres ? Devons-nous chercher ailleurs, plus loin que ce que l'on nous a toujours dit ? Des sujets vraiment intéressants, mais qui sont davantage développés au début du roman. J'aurai davantage aimé une fin différente, mais le reste du roman m'a convaincu. Des personnages imparfaits, un flou souhaité sur l'espace-temps dans lequel se passe le roman (ce qui est très angoissant), des messages clairs et importants pour notre société, une première partie prenante. Beaucoup de très bons points pour ce roman.

En bref, L'année de Grâce remplit pour moi à la perfection son rôle de roman initiatique à destination des plus jeunes. Il questionne, met en exergue les problèmes de notre société, donne de l'espoir, bref, mettez-le entre toutes les mains possibles. 

Mes extraits : "– Dans le comté, il n’y a rien de plus dangereux qu’une femme qui dit ce qu’elle pense. Comme Eve … Vous savez ? C’est à cause d’elle que nous avons été chassés du paradis. Nous sommes des créatures sournoises, pleines de charmes diaboliques. A la première occasion, nous utiliserons notre magie pour entraîner les hommes sur la voie du péché, du mal et de la destruction … C’est la raison pour laquelle on nous envoie ici.
– Pour que vous vous libériez de votre magie, dit-il
– Non, dis-je tout bas, juste avant que le sommeil m’emporte. Pour nous briser."

***

"C'est le problème, quand on laisse entrer la lumière : dès qu'on vous la reprend, l'obscurité paraît encore plus terrible."

***

"Et à qui profite ce concours d'orgueil? Aux hommes, bien évidemment. Nous sommes deux fois plus nombreuses qu'eux, mais nous nous retrouvons enfermées dans une chapelle, à attendre qu'ils décident de notre destin.
N'est-ce pas cela, le véritable tour de magie?"

De Lilice Twi-Cops
Broché : 528 pages
Editeur : Casterman

vendredi 12 novembre 2021

LA MALEDICTION DE HIGHMOOR d'Erin A.Craig

 Sorti le 22 septembre 2021

Résumé: Au manoir de Highmoor, isolé au milieu d'un vaste océan, le Duc Thaumas, a déjà perdu quatre de ses filles dans de dramatiques circonstances : noyade, chute, maladie... L'une d'elles, Annaleigh, refuse de croire à la folle rumeur selon laquelle elles seraient toutes maudites. En se rendant sur le lieu du tragique accident de sa soeur Eulalie, Annaleigh découvre un passage caché dans la falaise. Une porte mystérieuse ouvre sur un royaume qui fait oublier tous leurs soucis aux jeunes duchesses. Noyées dans la joie et les fêtes, elles dansent chaque soir jusqu'à l'aube, épuisées, enivrées, envoutées... Seule Annaleigh réussit à s'arracher à ces bals hypnotiques, déterminée à comprendre la puissante malédiction de Highmoor, au risque comme ses soeurs d'y perdre la vie...

Mon avis: Lorsque j'ai lu le résumé de ce livre, je ne sais pas pourquoi mon cerveau est partie sur une histoire de sirènes... Des fois, il ne faut pas chercher à comprendre 😂 Donc non, ce roman ne parle pas de sirènes mais ce n'est pas pour autant qu'il n'en est pas moins intéressant. Au contraire.

Dès les premières pages, l'écriture envoûtante d'Erin Craig nous plonge dans la mystérieuse malédiction des filles Highmoor. Voilà quelques années déjà, depuis le décès de leur mère, que cette famille n'est pas sortie de son deuil, laissant la rumeur répandre qu'elles seraient maudites. Et voilà qu'Eulalie vient de mourir à son tour. Elle se serait jetée du haut d'une falaise. Chose impensable selon Annaleigh, sa soeur, mais aussi selon le prétendant d'Eulalie qui affirme qu'ils étaient sur le point de s'enfuir. Alors qu'elle décide d'enquêter, du côté de sa famille, sa nouvelle belle-mère a réussi à persuader leur père de ne pas faire de deuil et de laisser les filles faire leur entrée dans le monde. Entre l'enquête et les préparatifs, Annaleigh découvre la porte de Poséidon qui permettrait de passer d'un endroit à un autre d'une simple pensée. Les voilà toutes les cinq à participer à des bals toutes les nuits, jusqu'au jour où sa petite soeur lui rapporte voir leurs soeurs décédées... Délire ou malédiction? Serait-elle la prochaine?

Eh bien quelle histoire! Sincèrement, ce livre m'a tout simplement scotchée. Et pourtant, avec ce genre d'histoire, ce n'est pas facile d'y arriver mais l'autrice y est arriver et rien que pour ça, ça mérite le coup de coeur. Au coeur d'une époque révolue, Erin Craig a réussi à mêler croyance, fantastique et suspens avec brio. D'ailleurs, la seule chose qui empêche le gros coup de coeur, c'est la narration. Quel dommage d'avoir utilisé la troisième personne, surtout que tout est de l'unique point de vu d'Annaleigh. Je pense que la dimension intimiste que procure la première personne aurait pu augmenter la qualité du récit. Mais ça, ce n'est que mon avis personnel car sinon, ce livre est juste génial.
J'ai adoré l'ambiance sombre et pesante, parfois même effrayante quand on lit ce roman le soir. J'étais là-bas à 100%.

Du côté des personnages, j'ai beaucoup aimé le travail que l'autrice a fait. Chaque personnage était distinct et avait sa propre personnalité.
Annaleigh est bien évidement le personnage principal et on sent qu'elle a la tête sur les épaules. Elle est douce et maternelle avec ses soeurs, qui sont un peu plus frivoles mais pas moins intéressantes. 
Il y a aussi une romance avec l'énigmatique Cassius venu au chevet de son père. C'est une romance aussi douce que surprenante. Une romance qui colle parfaitement au roman.

En bref, un coup de coeur pour ce roman surprenant par bien des manières. Erin Craig a su combiner parfaitement différents genres pour en faire un roman unique en son genre et parfait pour une soirée d'Halloween.

Mes extraits:
La statue de Mère surplombait tout ce qui l’entourait, y compris les pierres tombales de mes sœurs. Celle d’Ava, d’abord, bordée de roses – sa fleur favorite. L’été, elles devenaient rosées et grasses, comme les bubons de la peste qui avaient emporté ma sœur alors qu’elle n’avait que dix-huit ans.
Octavia avait suivi un an plus tard. On avait découvert son corps au pied d’une grande échelle de bibliothèque, les membres enchevêtrés en un amas d’angles improbables. Un livre ouvert ornait son lieu de repos, accompagné d’une citation en vaipanien, que je n’avais jamais appris à déchiffrer.
Le poids de la tragédie écrasait déjà tellement notre famille que la mort d’Elizabeth nous avait semblé inévitable. On l’avait trouvée flottant dans la baignoire tel un morceau de bois mort à la surface de l’océan, imbibée d’eau et vidée de toute couleur. Des rumeurs avaient couru de Highmoor aux villages des îles voisines ; nées parmi les servantes, elles avaient été murmurées aux garçons d’écurie dans les arrière-cuisines, puis les poissonniers les avaient transmises à leur femme, qui les avaient diffusées, comme une menace, aux enfants polissons. Certains parlaient de suicide, mais plus nombreux étaient ceux qui pensaient que notre famille était maudite.
La statue d’Elizabeth représentait un oiseau. C’était censé être une colombe, mais elle était disproportionnée et ressemblait davantage à un goéland : un hommage adéquat, dans la mesure où le rêve le plus cher d’Elizabeth avait toujours été de s’envoler loin d’ici.
Que choisirait-on pour Eulalie ?
Autrefois, nous étions douze : les douze Thaumas. Mais aujourd’hui, la file que nous formions, mes sept sœurs et moi, était bien plus réduite, et je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il y avait une once de vérité dans les sinistres élucubrations qui fleurissaient autour de nous. Avions-nous, d’une manière ou d’une autre, éveillé la colère des dieux ? Les ténèbres avaient-elles décidé de s’abattre sur notre famille ? Ou était-ce seulement une série de coïncidences aussi terribles que malencontreuses ?
Après la cérémonie, les invités grouillèrent autour de nous puis se dispersèrent. Alors qu’ils murmuraient des condoléances forcées, je remarquai qu’ils faisaient attention à ne pas s’approcher trop près de nous. Était-ce par égard envers notre rang, ou s’inquiétaient-ils que quelque chose déteigne sur eux ? J’aurais voulu mettre leur comportement sur le compte d’une superstition de bas étage, mais quand une tante éloignée vint vers moi, un fin sourire aux lèvres, je vis affleurer dans ses yeux, tremblante mais impossible à rater, la question que je me posais moi aussi :
Laquelle de nous serait la prochaine ?

Chronique de Sandy Twi-Cops

Broché: 576 pages
Editeur: Casterman